Découverte du Trégor

De beaux sites

Toutes les descriptions et photos contenues dans les pages suivantes

sont extraites du site Docarmor

 

Visiteurs de notre beau pays, respectez-le ! Il vous accueille en invité, mieux ... en ami !
Sachez alors en être digne et il vous offrira les joies d'un séjour magnifique.

Lorsque vous arpenterez ses chemins de randonnée ou les ruelles de ses villages,
n'y laissez pas "tomber" papiers gras ou canettes vides : ce ne sont pas des poubelles !

Si vous ne pouvez ou ne voulez faire ainsi, ne lisez pas ce qui suit et ... restez surtout chez vous !

- Le Yaudet

- Locquémeau et Trédrez

- Ploulec'h

- L'abbaye de Beauport

- Paimpol

- Le sillon du Talbert

- Plougrescant

Le Yaudet en Ploulec'h (Source docarmor.free.fr)

Sur la Pointe du Yaudet, à l'embouchure du Léguer, naquit une cité d'importance, connue au Moyen Age sous le nom de Vetus Civitas. Vieille Cité ou Vieux Monastère, selon les étymologies, elle sera ensuite nommée Ar Yoded en breton, Le Yaudet en français. Il est toutefois une autre étymologie possible quant à l'origine du nom de cette ville antique : "yeod" (herbe) et "er ed" (blé) ou "yeoded" par contraction pourrait signifier aussi "blé qui poussa de l'herbe". Cette étymologie pourrait être justifiée par l'occupation ancienne du site par une population de cultivateurs ...

Le Yaudet entrerera dans l'histoire des hommes à partir du Néolithique, 5000 ans, environ, avant notre ère. Contrairement à d'autres régions du pays où les mégalithes marquent souvent le passage de populations de cette époque, cette ancienne cité n'en a gardé aucun monument encore visible de nos jours. Seules les fouilles entreprises ici ont permis de trouver des objets usuels tels qu'outils de silex, haches polies et fragments de poterie.

 

Dominant l'estuaire du Léguer au nord, protégé par la vallée de la Vierge à l'Ouest, ce promontoire se révèlait être un endroit idéal pour installer une communauté. Aucune trace d'habitation n'a toutefois résisté au temps, même si plus tard, à l'âge du bronze, le site était toujours occupé. La mer était alors plus éloignée de la côte et il n'est pas impossible que le limon et le sable de l'embouchure de la rivière couvrent aujourd'hui des vestiges à jamais perdus ; en effet, c'est dans le lit du Léguer que furent draguées des armes de cette époque.

Les toutes premières traces d'habitations datent du premier siècle de notre ère.

 

Un village de quelques centaines d'habitants occupait alors la plateau au sud, surplombant le port, et la population transformera la Pointe en éperon barré. Les hommes bâtirent un rempart fait de terre et de pierre allant des rochers de Beaumanoir, dominant la baie de la Vierge, jusqu'à la pointe rocheuse qui descendait vers le port. Ce dernier deviendra une porte maritime permettant des échanges commerciaux avec d'autres tribus celtes et la Grande Ile. On y a, en effet, retrouvé des monnaies utilisées par les Abrincates, les Osismes (la tribu locale, trégoroise) et les Coriosolites. Ces échanges se développeront avec l'Italie lors de l'occupation romaine et le petit port du Yaudet sera intégré au réseau des voies qu'ils auront créées. Les attaques saxonnes puis vikings sur les côtes bretonnes provoqueront un renforcement des défenses du village par la construction d'un mur de pierre percé de portes d'accès dont certains vestiges sont encore visibles. Une garnison romaine protègera le site jusqu'au 4ème siècle.

 

Après le retrait de ces troupes, la petite communauté celte se repliera sur elle-même, revenant à une vie de pêche locale, d'agriculture et d'élevage, perdant peu à peu l'importance qu'elle avait auparavant. La transgression provoquera progressivement le transfert des activités maritimes plus haut dans les terres, Lannion devenant alors le port du Léguer. La baie de la Vierge sera barrée par un mur de pierres dont l'usage était, sans doute, de piéger le poisson à marée descendante ou de faire tourner un petit moulin à marée. Nul ne le sait, aucun écrit ne subsiste de cette époque. Selon certains historiens, le Yaudet verra la première cathédrale du Trégor et en sera le premier évêché sous Gwenalus (ou Guennaleus), en l'an 169. Aucun élément tangible ne peut toutefois en attester et, en 555, Rome reconnaîtra officiellement Tugdual et la fondation de l'épiscopat de Tréguier. A partir du 5ème siècle, les assaillants vikings se présenteront fréquemment aux portes de la petite cité, malgré le renforcement des défenses entamé déjà sous l'occupation romaine. En 836, ils brûlent le village, faisant fuir ses habitants et, selon certains, une tribu de Lexobiens venus s'y établir au début du 7ème siècle. Le retour de ses habitants, après le départ défintif des assaillants, fera revivre le Yaudet pendant 4 siècles. Il fut ensuite graduellement déserté et ses habitants se regroupèrent en une nouvelle communauté, autour de l'église actuelle de Ploulec'h, d'autres remontant jusqu'à Lannion. C'est à partir du 13ème siècle que cet exode débuta, les derniers habitants quittant le promontoire au 16ème siècle. Les maisons abandonnées furent abattues, les unes après les autres, et leurs matériaux récupérés pour d'autres constructions. Le site n'en gardera pas moins une importance stratégique et les tentatives d'invasions anglaises amèneront la construction d'ouvrages défensifs. C'est ainsi que fut érigé, au 18ème siècle, le corps de garde qui domine aujourd'hui la Pointe du Yaudet, sur les fondations d'un ancien fortin romain. Ruiné, il fut restauré en 1982 et recouvert de lauzes de Locquémeau pour apparaître tel que vous le verrez aujourd'hui. C'est plus tard, en 1845, que fut bâti l'abri des douaniers dominant l'ancien port, sur les fondations d'un autre fortin construit au 3ème siècle par les Romains.

 

La légende raconte qu'Enora, la chaste épouse de Saint-Efflam, partie à sa recherche en Armorique, vit son esquif de cuir échouer dans la baie de la Vierge, retenu par les pierres en fermant l'entrée à marée descendante. Un monastère fut dès lors fondé à cet endroit. Il n'y subsistera que du 5ème au 8ème siècle et fut sans doute à l'origine d'une légende qui voulait que le Yaudet fut le premier évêché, éphémère, du Trégor. Les pierres d'une première église remontent au 11ème siècle de notre ère, sur les fondations d'un temple romain dont elle récupéra certains matériaux . Composée de deux nefs et six travées, elle subit des modifications du 13ème au 17ème siècle et sera détruite en 1855. C'est à la requête des Kerninon que la chapelle actuelle fut érigée et achevée en 1861, sur les fondations de l'ancien lieu de culte.

De style Beaumanoir avec clocher-mur et tourelle d'accès, elle est constituée d'une nef à six travées et d'un choeur. Elle a intégré certains des éléments d'architecture de l'ancien édifice.

 

Il en est ainsi du retable, représentation plutôt rare, quoique présente en certains lieux de culte en Armorique, d'un des deux courants de la mystique chrétienne. Cet ensemble naïf figurant une vierge couchée, amputé des volutes d'encadrement du lit, date du 17ème siècle. L'origine d'un tel symbole est toutefois bien plus ancienne, remontant à l'occupation romaine. Afin d'éviter un affrontement avec les populations locales que les enseignements druidiques avaient marqués, ils produiront dans le temple qu'ils bâtirent sur ce lieu un tableau représentant la déesse Cybèle couchée et allaitant un enfant. L'église du Yaudet devenue chapelle au cours des ans fait depuis longtemps l'objet de pélerinages ainsi que d'un pardon annuel. Presque cachée par des pins lui faisant ombrage, elle trône dans un enclos paroissial datant du 16ème siècle, ouvert sur une porte monumentale et bordé de trois échaliers.

Un peu plus bas, non loin du versant de la baie de la Vierge, juste après l'ancien mur gaulois, vous apercevrez un massif rocheux, au milieu d'une végétation basse entrecoupée d'herbus : les "rochers du château". La pierre la plus imposante, plate-forme granitique dominant le site, est sculptée d'une rose des vents à 8 cadrans. Elle était un poste d'observation qui servit tout au long de l'occupation humaine du Yaudet. Un peu plus loin, à l'intersection du sentier menant d'un côté vers la Pointe et de l'autre en surplomb de la baie de la Vierge, vous pourrez trouver une très ancienne fontaine, Feunten Goz. Elle atteste que les hommes qui occupaient le site pouvaient y vivre en parfaite autarcie.

Si vous êtes arrivé ici en longeant les rives du Léguer descendant de Lannion, vous n'aurez sans doute pas traversé le village de Ploulec'h. Descendez alors la ruelle qui dégringole vers Pont Roux et l'anse de la Vierge. Quelques maisons s'y abritent à l'ombre des arbres, de part et d'autre du ruisseau de Pontol. Au delà du petit pont, remontez le chemin qui mène vers les falaises de Tredrez, une prochaine étape.

 

Presqu'arrivé au sommet, retournez-vous une dernière fois : c'est d'ici que vous aurez la plus belle vue sur l'embouchure du Léguer et le Yaudet. Ensuite, avant de quitter ce territoire , si vous voulez poursuivre dans la découverte de l'histoire de ce village, faites une dernière incursion dans les terres en vous dirigeant vers son bourg.

estuaire du Léguer à Ploulec'h

baie de la Vierge au Yaudet, Ploulec'h

corps de garde au Yaudet, Ploulec'h

chapelle du Yaudet, Ploulec'h

retable de la chapelle du Yaudet, Ploulec'h

embouchure du Léguer au Yaudet, Ploulec'h

Locquemeau en Tredrez (source docarmor.free.fr)

En venant du Yaudet par le chemin de randonnée, après avoir quitté le territoire de Ploulec'h, vous aborderez les falaises de Trédrez. De la Pointe de Bihit en Trebeurden, déjà, vous aurez pu apercevoir cette avancée du massif armoricain menant à la Pointe de Séhar protégeant Locquémeau.

 

Avant d'y arriver, vous devrez passer la première plage de Trédrez, la plage de Kirio. Il y a bien longtemps, il existait ici une chapelle dédiée au saint du même nom. Il n'en reste rien, elle a disparu dans les brumes de l'histoire ... et certains murs de maisons construites non loin d'ici. La plage est protégée des vents d'ouest par la Pointe du Dourven, petit éperon sauvage qui cachera défintivement l'embouchure du Léguer que vous aurez laissée derrière vous. Le corps de garde qui domine la Pointe fut construit au 18ème siècle. Après quelques centaines de mètres dans une végétation basse où le vert domine et les champs paraissent parfois vouloir se jeter dans la mer, ne descendez pas vers la mer mais quittez le sentier pour vous diriger vers le bourg.

Vous y trouverez, édifié sur les hauteurs du village, un enclos paroissial de dimensions imposantes. Au milieu de celui-ci, l'église devenue chapelle lors de la fusion avec la paroisse de Trédrez, dresse un clocher-mur comme on en voit beaucoup dans la région. D'inspiration gothique à la base, érigée au 16ème siècle mais intégrant quelques éléments du 15ème siècle, elle sera influencée par l'architecture lannionnaise, le style Beaumanoir, au début du 18ème siècle. Ce n'est en effet qu'en 1703 que le clocher-mur et ses contreforts montant jusqu'à la plate-forme à balustrade furent construits. La tourelle d'accès voit ici sa base intégrée dans une aile adossée à la première nef. La façade sud, ornée de gargouilles, intègre la représentation d'un singe, curiosité peu fréquente sur ces édifices religieux ...

A l'intérieur, les éléments sculptés, de granit ou de bois, ainsi que le mobilier, ont été apportés essentiellement entre le 16ème et le 18ème siècle.

Le village de Locquémeau fut fondé au 6ème siècle par un moine venant de Grande Bretagne : Quémeau (Kemo en breton). Il fondit ici un monastère mais ce n'est que vers le 10ème siècle que ce hameau adopta son nom actuel. "Loc" venant du latin "locum" (désignant en Bretagne un lieu de culte ou un ermitage), le nom pourrait avoir été influencé par une présence romaine au début de notre ère. Les landes du village comportent, en effet, les ruines de deux fortins gallo-romains au préfixe de Ty-Coaz. Succursale de la paroisse de Tredrez à partir de 1426, la chapelle de Locquémeau tiendra toutefois ses propres registres jusqu'à la Révolution et abrite toujours la plus grande partie de la population de l'entité communale.

Suivez maintenant la route qui borde le flanc nord de la vallée peu encaissée menant en pente douce vers la côte. Une longue plage, la plage de Notigou, dont la bande de sable se réduit considérablement à marée haute, s'étale entre les derniers contreforts de la Pointe de Dourven et une petite langue rocheuse au delà de laquelle le port s'est développé au cours des siècles.

Protégé à l'ouest par la Pointe de Séhar, il l'est également par des veines rocheuses d'origine volcanique entourant une passe pouvant se révéler dangereuse pour les visiteurs venant par la mer. A marée basse, les lignes de granit surgissent d'une eau dont la houle peut aisément drosser les bateaux mal pilotés vers les pièges que constituent les hauts-fonds. Ces arêtes aux contours rugueux, semblant parfois faites de tranches magmatiques superposées surgissent ici et là parmi les galets pour aller se noyer jusqu'au bout de la Pointe de Séhar qui s'engouffre lentement dans la mer. Promenez-vous sur la grève, à marée basse : le paysage y est irréel. Contrairement aux autres rives, aucune végétation ne s'accroche, aucune vie ne semble possible sur ces cailloux entrecoupés de galets.

 

Locquémeau a toujours vécu des richesses d'une mer où ses marins puisaient leur subsistance. Connues depuis des temps immémoriaux pour leur fécondité, les eaux baignant les rives du village étaient exploitées tant pour la pêche que pour la récolte du goémon. Il existe d'ailleurs encore les vestiges de pêcheries artisanales sur la plage. Le port s'est progressivement développé, connaissant son apogée au 19ème siècle. En ce temps-là, la baie de Lannion voyait régulièrement ses eaux côtières envahies de bancs de sardines dont la pêche devint une spécialité locale. Deux conserveries seront construites à côté du port et fonctionneront jusqu'au milieu du 20ème siècle. La sardine a ensuite disparu de la baie et les conserveries ont fermé leurs portes ... La dernière campagne de pêche à la sardine sera clôturée en 1954. Il reste aujourd'hui une quinzaine de bateaux de pêche inscrits au rôle du petit port, draguant au chalut, pêchant à la ligne, à la palangre ou aux casiers. Lieux, maquereaux et soles ont remplacé la sardine et le homard, l'araignée ou la coquille Saint-Jacques font désormais l'ordinaire des patrons-pêcheurs.

La plaisance a désormais droit de cité et de nombreux bateaux mouillent aujourd'hui devant la plage, couchant leurs coques sur le sable lorsque la mer se retire. Depuis le début du 20ème siècle, déjà, le tourisme a provoqué une nouvelle impulsion au développement de l'ancien village de pêcheurs. Il s'est poursuivi durant les dernières décennies et de plus en plus de maisons s'accrochent aux pentes douces descendant mollement vers la mer.

Reprenez maintenant votre baton de randonneur et longez la plage de galets qui s'est insérée entre la Pointe de Séhar et les falaises de Trédrez. Non loin d'ici, vous découvrirez un site naturel peu commun : l'étang marin du Vorlenn. Un double tombolo formé de cordons de galets y enferment une eau saumâtre où une faune et une flore exceptionnelles se sont développés. Plus loin, le chemin bordant les falaises vous mènera vers le centre du village. A l'approche de Beg Ar Forn, retournez-vous une dernière fois : Beg ar Neon tentant de cacher la Pointe de Sehar sera votre dernière vision de la côte avant d'entrer dans Trédrez.

côtes et falaises de Locquemeau, Tredrezéglise de Locquemeau, Tredrez

falaises de Beg ar Neon près de Locquemeau,Tredrez

Kerity en Paimpol, l'abbaye de Beauport (Source docarmor.free.fr)

 

En venant de Plouézec, le dernier obstacle naturel à passer, pour parvenir au site de l'abbaye de Beauport, sera la Pointe de Kérarzic. Si la marée est basse, vous pourrez découvrir au large les immenses étendues de sable où se développe une des activités qui font la renommée de la région : l'ostréiculture. Bien plus loin, en direction du Nord, vous apercevrez l'île Saint-Riom, où s'installa une communauté monastique dès 1184.

Les conditions de vie pénibles d'un rocher battu par les vents les poussèrent à revenir sur le continent et c'est ainsi que l'abbaye de Beauport vit le jour.

Sur le territoire du hameau de Kerity, ancienne paroisse indépendante fusionnée en 1961 avec Paimpol, ce bel édifice domine encore de sa masse imposante une lande sauvage où se mêlent herbus et bosquets, en un écrin de verdure bordé par les bois.

Construit en bord de mer à partir de 1202 sur ordre d'Alain de Penthièvre, son importance ira en croissant par l'adjonction de plusieurs bâtiments jusqu'au 17ème siècle.
     Le monastère sera occupé par les prémontrés jusqu'en 1790. Jusque là, ils auront développé un domaine de près de 70 hectares formant une communauté qui pouvait presque se suffire à elle-même. Les terres cultivables comportaient des vergers à pommes et à figuiers, un potager mais aussi une roseraie et un jardin à la française. Ceint de digues le protégeant des assauts des marées, il était entouré de prés salés, où paissait le bétail, et d'un étang permettant de piéger le poisson.

L'architecture de type normand confère à l'ensemble une certaine austérité. Paraissant vouloir tempérer cette rudesse, une influence gothique marquée bénéficie à l'église abbatiale.

Transformée en squelette de pierre à ciel ouvert ses formes élancées semblent presque fragiles par endroits, apportant une certaine légèreté à l'édifice.

La Salle au Duc bordée d'ogives et la Salle Capitulaire prolongée d'une abside polygonale, divisée en deux nefs par un alignement de colonnes sont, avec le réfectoire et l'église, les éléments les plus imposants d'un édifice religieux qui vit son rayonnement disparaître au 19ème siècle.

Le cloître édifié au 15ème siècle complète cet ensemble protégé par d'épaisses murailles. La Révolution transforma les lieux en ... fabrique de poudre à canon et ils serviront successivement d'étables, de mairie puis, enfin, de classes pour l'école de Kérity.

Les bâtiments seront rachetés en 1845 par un comte slave, Poninski, qui privatisa ainsi un lieu de culte qui, depuis longtemps déjà, avait perdu son âme ...

C'est en 1862 qu'il sera classé Monument Historique et, presque réduit à l'état de ruine, il sera racheté par le Conservatoire du Littoral en 1992. Ce sera alors le début d'une certaine résurrection, certains bâtiments étant restaurés et d'autres consolidés afin de ne pas disparaître définitivement.

Aux abords immédiats, on découvre un étang et des digues de pierre, vestiges de l'ancien port, qui démontrent que les occupants de la communauté puisaient l'essentiel de leur subsistance dans une mer alors prodigue de ses fruits. Ils allaient même au delà de Kerity pour installer des pêcheries et l'on aperçoit encore les vestiges de l'une de celle-ci à Tréveneuc.

L'abbaye de Beauport fut un centre économique parmi les plus importants de la région jusqu'au 15ème siècle. Elle était une étape importante du pélerinage vers Saint Jacques de Compostelle.

Kerity fut également un centre économique important jusqu'en 1920 : c'est le site de Poulafret qui abritait les chantiers navals construisant les trois mâts et goëlettes destinés à la Grande Pêche. Un moulin à marée, toujours visible, y fut également exploité jusqu'en 1923.

île Saint-Riom, au large de Paimpolabbaye de Beauport en Kerity, Paimpolabbaye de Beauport en Paimpolnef de l'église de l'abbaye de Beauport

squelette de la nef de l'abbaye de Beauport

Paimpol (source docarmor.free.fr)

Paimpol (Penn Poull, en breton, signifiant "tête de l'étang") était autrefois une presqu'île.

Elle s'est réfugiée au cours des ans dans le fond de sa baie, bien à l'abri des colères de la mer. Elle devient commune indépendante en 1789, après avoir été terre seigneuriale pendant plusieurs siècles. Faisant auparavant partie de Plounez qui était alors paroisse indépendante, elle s'enrichira de plusieurs villages voisins pour finir par devenir ville d'importance en fusionnant avec Kerity et Plounez, le 21 novembre 1960.

A marée basse, les eaux se retirent bien loin au point d'isoler complètement le port.

Lorsque la mer remonte, le paysage change complètement et les bateaux peuvent enfin sortir ...

Pour qui se baigne encore de l'atmosphère de l'oeuvre du plus illustre de ses chantres, Pierre Loti dans son roman "Pêcheurs d'Islande", la vision d'une ville nouvelle désormais principalement tournée vers le tourisme estival, amènera peut-être une légère déception ...

Les choses ont, en effet, bien changé depuis le 19ème siècle où la cité portuaire grouillait d'une population affairée à une activité qui a fait sa renommée : la Grande Pêche. La rade était alors parcourue par les "Islandais" en quête d'un mouillage ou relevant les amarres pour s'en aller dans les mers du Grand Nord.

La première goélette inaugurant la grande épopée de pèche en Islande sortira du port en 1852. A la fin du 19ème siècle, une flotte de 80 goélettes à hunier étaient inscrites au rôle. La disparition progressive des voiliers réduira ce nombre à une vingtaine d'unités à l'aube du conflit de 1914 et, en 1932, elles n'étaient déjà plus que 9 ... Le deuxième conflit armé du 20ème siècle ne verra plus ces rudes embarcations : elles auront totalement disparu. La "Glycine", dernier bâtiment de cette glorieuse épopée sera désarmée en 1935. Pendant cette période, une centaine de navires disparaîtront en mer, entraînant avec eux près de deux mille marins. L'état des bateaux, vieux ou mal entretenus, sera à l'origine de bon nombre de ces catastrophes. La fatigue et l'alcool, qui faisaient partie du quotidien des hommes, seront également les causes de naufrages bien souvent inexpliqués.

Ces goélettes de 30 mètres embarquaient 22 hommes et cinglaient vers l'hiver du Grand Nord à partir de février pour ne revenir au port qu'à l'automne. Le temps qui règnait sur les bancs de morue était si mauvais qu'il interdisait l'usage des doris. C'est du pont, face à la bise glaciale que les pêcheurs hissaient le poisson qu'ils piégeaient en laissant dériver le bateau.

Jamais ces marins ne connaissaient alors la douceur d'un été ...

Paimpol fut déjà, bien avant cela, l'un des premiers ports de la côte Nord de la Bretagne à armer vers la pêche à la morue : les premières campagnes en direction de Terre-Neuve et du Groenland datent du 15ème siècle.

Cette époque révolue, les beaux bateaux ont été progressivement remplacés par de petites unités de pêche côtière, auxquelles sont venus s'ajouter les bateaux plats des ostréiculteurs puis les voiliers des plaisanciers de la belle saison.

La construction des quais débuta en 1842 et celle du premier bassin en 1878 ... avec des matériaux récupérés sur les murs de l'ancien château fort de Bréhat !

La ville s'est résolument vers une nouvelle vocation : le tourisme et la plaisance. Pour y faire face et être l'égale de ses voisines, elle construit un nouveau port destiné à attirer les voiliers des temps modernes.



 

L'église actuelle est presque contemporaine, datant du début du 20ème siècle, remplaçant un lieu de culte dont les premières pierres furent posées au 13ème siècle.

Les vestiges de celles-ci sont les deux piliers en spilite, de couleur verdâtre, conservés à la base de l'ancien clocher de 1550 (appelé erronément "la Vieille Tour") qui coiffait l'édifice du 16ème siècle.








 

L'ancienne église eut une fin que les livres d'histoire ne racontent pas et pour cause : elle ne fut pas glorieuse car abattue par la volonté du curé de l'époque et d'un clergé qui ferma les yeux !

Seuls quelques anciens ont encore le souvenir de cette triste fin. En voici l'histoire ...

... au début de 20ème siècle, la Grande Pêche et les métiers qui l'entouraient enrichissaient la ville et ses occupants. Par la volonté de ses représentants ceux-ci alimentaient par les impôts des caisses que convoitaient partiellement le curé : il voulait une belle et grande église, à la mesure de sa paroisse et de son ambition ! Il parvint à obtenir les fonds nécessaires à sa construction, qui coûta d'ailleurs fort cher : elle fut édifiée sur d'anciens marais ! Les fondations du lieu de culte durent être ainsi réalisées à la mesure d'une cathédrale ... solides et profondes.

Lorsque l'édifice fut enfin ouvert, la bourgeoisie s'y rendit en rangs serrés ... mais pas les anciens ni les humbles. Ceux-ci, attachés à l'ancienne église, venaient y cogner l'huis afin d'y entendre le sermon dominical. Mal leur en prit ! Le curé vindicatif et colérique finit par obtenir que l'on détruise le vieux bâtiment !

La chose fut promptement entamée et c'est grâce à l'intervention d'un armateur de la ville, attaché lui aussi à ces vieilles pierres, que le clocher fut sauvé.

La nef et ses contreforts avaient malheureusement déjà succombé aux coups de pioche ...

Au cours de ses 20 siècles d'existence, l'Eglise et certains de ses potentats locaux n'ont ainsi pas seulement quelques millions de victimes sur la conscience mais aussi la disparition de certains lieux érigés à leur gloire ... et dont ils étaient pourtant les instigateurs.

... mais cela est une autre histoire !

Les activités économiques, notamment la pêche, furent à l'origine de l'érection d'un bourg où s'installèrent artisans et commerçants, il y a plus de 500 ans.

 

Il n'en reste que quelques souvenirs car les richesses de la petite ville et sa position en firent une cible privilégiée : elle subit de nombreuses destructions et un incendie partiel à la fin du 16ème siècle, sous les attaques anglaises (1591 et 1594) mais aussi celles de troupes françaises, en 1593, sous les ordres d'un capitaine La Fontenelle, mettant à sac une bourgade qui aura du mal à s'en relever.

Quelques belles demeures du 16ème siècle plantées au centre-ville et l'ancien magasin d'articles de pêche des "Islandais" subsistent encore de cette époque. Ce dernier, construit au 15ème siècle, à pans de bois et colonnes sculptées, abrite désormais une quincaillerie.

Le développement de Paimpol a fait de sa région un territoire riche en veilles pierres : manoirs, églises, chapelles, croix et fontaines en parsèment les landes.

Leur érection s'étale sur plusieurs siècles d'une histoire dont elles se veulent les témoins. Avant d'aller, peut-être, à leur découverte, faites donc le tour du petit quartier pittoresque qui subsiste de la cité et qui se cache, désormais, à l'abri des maisons plus récentes construites le long du quai. Juste derrière elles, dans les ruelles étroites de la vieille ville, vous entendrez sans doute résonner le chant de quelque marin en goguette cherchant à rallier le bord ...

 

Ensuite vous irez peut-être, aussi, parcourir les landes de Plourivo, au Sud-Ouest de la cité. Elles furent le théâtre, vers l'an 936, d'une rude bataille livrée par Alain Barbe-Torte aux envahisseurs Normands. Les témoignages de sa victoire y subsistent encore sous la forme de petites croix érigées au 10ème siècle.

Avant de quitter la ville, dirigez-vous vers la jetée qui s'élance vers la mer. Au loin, sur la falaise d'ouest, vous apercevrez la haute tour de Kerroc'h surveillant la rade. Cette rotonde surmontée d'une Vierge à l'enfant, assise sur une tour massive de forme hexagonale comporte deux étages.

Elle fut construite en 1873, à l'instigation de deux soeurs, filles d'un armateur du nom de Janoly, sur la colline alors dénommée Krec'h Mahaf ou "butte de Mathieu".Cette vierge était censée protéger les marins sortant de la rade sur des bateaux qui payaient un lourd tribut aux tempêtes sévissant sur ces côtes.

Un évêque du nom de David règnant sur le diocèse de Saint-Brieuc intervint dans un but peu avouable, faire sa publicité en apposant ses armes personnelles sur une tour dite "de David" et obtint gain de cause : la tour financée par les deux soeurs fut construite selon les "voeux" de l'écclésiastique, celles-ci craignant de ne pas s'assurer leur salut si elles s'opposaient aux exigences du prélat.

Sa situation privilégiée, véritable poste d'observation accessible par un sentier en gravissant les derniers mètres, en fait une étape obligée de votre passage dans le pays de Paimpol

De cet endroit, en effet, la vue est superbe !

 

A droite, Paimpol et ses maisons se pressent autour du port, à gauche, la rade se perd dans la Manche après avoir baigné Pors-Even et l'île Saint-Riom ; au centre, enfin, la Pointe de Guilben masque à peine les grèves menant à l'abbaye de Beauport.

Restez là un moment ... Ecoutez le vent : il est porteur du claquement des voiles qui, au loin, semblent annoncer le retour de quelque goélette revenant de Terre-Neuve. Attendez un peu et scrutez l'horizon ... peut-être la verrez-vous ...

 

Ensuite, vous pourrez enfin repartir : les côtes de l'Armorique vous réservent encore bien des surprises !

C'est en empruntant le sentier qui borde la côte en direction de Ploubazlanec ou la départementale qui le surplombe, sur la butte que domine la tour, que vous aurez la meilleure vision de la cité, blottie au fond de sa rade. Si vous choisissez la direction opposée, ce sentier vous mènera vers la Pointe de Guilben, longue langue de terre et de roches s'élançant vers le large où vous pourrez apercevoir, à marée basse, les immenses étendues de sable allant jusqu'à la Pointe de Plouézec. Au fond de l'anse ainsi formée, Kerity et l'abbaye de Beauport vous attendent pour une autre découverte ...

marée basse à Paimpolmarée haute à Paimpolvieux gréement et port de Paimpolancien clocher à Paimpol

ancien clocher de Paimpolvieux porche à Paimpolancienne maison à Paimpoltour de Kerroc'h, Paimpolrade de Paimpol et Paimpolrade de Paimpol et Paimpol

Le sillon de Talbert (Source docarmor.free.fr)

A l'extrême pointe de de la presqu'île trégoroise formée par le Jaudy à l'Ouest et le Trieux à l'Est, le sillon de Talbert est le point d'exclamation d'une Bretagne résolument tournée vers l'océan.

Bon nombre de légendes sont liées à ce site extraordinaire !

L'une d'entre elles dit que l'enchanteur Merlin est le bâtisseur de cette chaussée s'engouffrant vers le large : amoureux de la fée Viviane, il déversa là des cailloux par millions afin de la rejoindre ...

Une autre raconte que la fée Morgane (rappelez-vous : la Bretagne est le pays des fées et des korrigans !) s'était éprise d'amour (ici aussi, ce sentiment est à la base du conte ...) du roi Arthur. L'île de Talbert était alors séparée du continent par un bras de mer. Arthur vivant alors en Pleumeur-Bodou, au château de Kerduel, faisait de fréquentes chevauchées sur la grève menant "au bout du monde". Un jour, alors qu'il était arrêté au bord du flot, il fut attiré par un éclat doré venant du large. Portant son regard au delà de la langue de mer qui le séparait de l'ile où vivait la fée, il aperçut une belle jeune fille, assise sur un rocher, arborant une longue chevelure blonde que les reflets du soleil faisaient scintiller. Ce fut le coup de foudre ! Mais la belle était inaccessible et le roi, déconfit, s'en retourna en son château où sa cour ... et son épouse l'attendaient. Les jours suivants, ses sentiments le ramenèrent au bord de cette mer cruelle qui l'empêchait de rejoindre une belle qui, elle aussi, éprouvait le même amour fou. Ne pouvant y tenir, Morgane emplit sa robe de cailloux et, s'avançant vers le flot qui la séparait du roi, les jeta un à un devant elle : ils se transformèrent en millions de galets qui surgirent de l'eau. Elle s'arrêta toutefois à quelques brasses du bord, laissant devant elle une faille étroite où l'eau continuait à circuler : cette douve que l'on nomme Toul-Ster serait l'utlime rempart défendant son île. Elle seule pourrait la franchir : d'un bond, elle passa sur l'autre bord, rejoingnant ainsi celui qui devint son amant ...

Le sillon était né !

 

Il est un langue de sable et de galets d'une longueur de 3 kilomètres s'élançant vers la mer du Castrec et les rochers qui la précèdent, tentant de barrer le flux et le reflux d'une eau qui en fait la richesse.

Presqu'au bout, parmi les galets les mieux exposés, des oiseaux marins pondent leurs oeufs que le promeneur inattentif risque d'écraser ! Sternes, gravelots et eiders se partagent un domaine que vous éviterez de déranger lorsqu'ils y nichent : leurs piaillements sont une invitation à vous éloigner : respectez-les ! Afin d'éviter une dégradation lente mais certaine du site et son abandon par la faune et la flore qui s'y développent, des travaux d'aménagement et de balisage ont abouti en 2007. La seule colonie de sternes naines de la côte ouest pourra désormais voir ses quelques couples nidifier en paix avant de reprendre sa migration vers l'Afrique. En hiver, la vie du sillon de Talbert est tout aussi intense : oiseaux migrateurs ou non, tournes-pierres, courlis, esclavons, barges, bécasseaux, chevaliers, bernaches, harles, huitriers-pies, cormorans, grèbes, pluviers, guillemots, plongeons et même pingouins Torda s'y partagent un domaine enfin abandonné par les hordes estivales de vacanciers trop souvent dévastateurs. La nature reprend alors ses droits.

Tout comme à la Pointe du Château en Plougrescant et ses grèves, vous foulez ici le royaume du chou marin mais aussi d'autres espèces plus rares encore. La renouée de Ray, la chardon bleu et le radis marin en sont les protégés, parmi d'autres encore que seuls les vrais amoureux de la nature reconnaîtront !

De part et d'autre de cet isthme bordé de récifs, les pêcheurs locaux puisent un goémon particulièrement prolifique, profitant sans doute d'un environnement favorable. Peut-être ont-ils une part de responsabilité dans la lente disparition du sillon : des cartes du 17ème et 18ème siècle représentent une chaussée qui, à cette époque, s'étendait sur près de 6 kilomètres ! Au début du 20ème siècle encore, elle était bien plus haute et la mer ne pouvait la recouvrir. Aujourd'hui, lors des grandes marées, elle disparaît par endroits ...
    Il faut dire aussi que durant des décennies et jusqu'il y a une centaine d'années, ses galets étaient ramassés pour contruire ou rénover des chemins. En 1970, une tentative de sauvetage par enrochements se solda par une dégradation plus rapide encore ! 2003 marquera peut-être le commencement d'une renaissance pour le sillon : devenu propriétaire, le Conservatoire du Littoral entame des travaux qu'il espère salutaire.

 

En parcourant la pointe, vous longerez par endroits les champs de choux-fleurs qui vont presque à la rencontre de la mer. Jusqu'à l'avènement de la motorisation et pendant quelques décennies encore, les agriculteurs de la Pointe les enrichissaient du goémon échouant sur les plages. De lourds chariots tirés par des chevaux bretons, race vigoureuse et d'aspect massif dont beaucoup ont oublié l'existence, venaient déverser le meilleur des amendements pour produire des légumes d'une excellence dont seuls les anciens se souviennent. Aujourd'hui encore, certains nostalgiques tentent de revenir à cette culture traditionnelle. Peut-être rencontrerez-vous un de ces vrais (!) paysans au détour d'un sentier. Si vous avez cette chance, écoutez-le et suivez-le s'il vous invite à goûter au véritable "Prince de Bretagne", ce fameux chou qui doit sa blancheur immaculée à cette pratique ancestrale.

Au large, le plus haut phare de haute mer de France culmine à 45 mètres. Construit en 1839 sur le plateau rocheux dont il porte le nom, le phare des Héaux de Bréhat protège les navigateurs d'une côte où les récifs sont nombreux.

Le sillon de Talbert est aussi un paradis pour le pêcheur à pied car les étendues de sables, galets et rochers regorgent d'une faune aquatique particulièrement abondante. Chaque lagon y est un refuge de crevettes ou d'étrilles, chaque rocher peut receler un tourteau, une araignée ou un homard ... Entre ces cailloux le sable couvre, le temps de la marée, des bancs de palourdes et de praires qui font les délices de celui qui a pu les dénicher.

Mais comme c'est presque le bout du monde, peu d'estivants s'y aventurent ...

sillon de Talbertsillon de Talbertsillon de Talbert

Plougrescant (Source docarmor.free.fr)

Il vous faudra une longue marche en longeant l'estuaire du Jaudy, passant par le village de La Roche Jaune, pour arriver à celle que l'on surnomme la "Presqu'île de l'Echappée Belle".


Sur ce territoire, le calme et la tranquillité sont les traits caractéristiques de Plougrescant, paroisse dès 1330, devenue commune indépendante en 1790. Cette impression vient sans doute du mysticisme qui se dégage encore d'un village dont le fondateur, Gonéry, moine guérisseur Grand-Breton immigré du 4ème siècle, semble toujours couvrir la citè de sa protection.

Arrivé avec sa mère Eliboubane sur cette côte sauvage, il entreprit d'évangéliser une petite communauté d'agriculteurs-pêcheurs qui n'ont pas cessé de le vénérer. La légende prétend qu'il repose dans un sarcophage du 8ème siècle, à l'abri de la chapelle qui porte son nom.

Celle-ci, est coiffée d'une flèche de guingois, en plomb, datant de 1612 mais restaurée depuis lors tout en gardant cette particularité.

Elle repose sur une tour datant du 10ème siècle.

La chapelle abrite des trésors d'un art déployé au 15ème siècle se révèlant par les peintures de la nef, une Création pudibonde, une Fuite en Egypte et d'autres épisodes bibliques qui en ornent les murs.

Un imposant mausolée datant de 1599 y chante la mémoire de Guillaume du Halgoët, ancien évêque de Tréguier, cotoyant une vierge blafarde taillée dans l'albâtre au 14ème siècle.

Dehors, le calvaire édifié en 1595 est le point de ralliement d'une procession s'en allant chaque printemps sur l'île Loaven, emmenant les reliques du Saint rendre visite à sa mère ... Les trois croix qui le composent représentent le Christ entouré du bon et du mauvais larron.

Terre seigneuriale appartenant aux Penthièvre et confisquée en 1420 par le duc Jean au profit d'Henri du Parc, seigneur de la Roche-Jagu, la petite commune tombera sous le joug de l'évêché de Tréguier au décès de ce dernier. Elle vivra pendant des siècles de la culture et de la pêche goémonière pour se tourner progressivement, au début du 20ème siècle, vers l'ostréiculture puis le tourisme naissant.

Il est vrai que pour cette dernière activité, elle ne manque pas d'atouts :

La côte sauvage faite de rochers et de galets où le sable ne s'étend que dans de petites criques est un véritable dédale où le promeneur se perd facilement. Parsemée de sentiers, telle un labyrinthe, elle aboutit à l'extrême Nord à la Pointe du Château. Le territoire de Plougrescant se développe également au large. Plusieurs îles en font partie, toutes classées et protégées : Loaven, Itron-Maria, Er, Evinec, mais aussi l'île Verte et les îles Kerlabon.

Dans les landes, à l'abri de vallons ou derrière les arbres cachant jalousement les anciennes pierres, vous pourrez aller à la découverte des demeures qui y furent construites, il y a bien longtemps. Vous y trouverez peut-être le château de Kergrech dont les fondations datent du 12ème siècle, de Keralio en Plouguiel ou encore des manoirs de Gouermel, de Laouenan et de Kergrescant, construits à partir du début du 16ème siècle.

Les terres de la presqu'île ont été foulées, il y a bien plus longtemps encore, par quelques ancêtres celtes qui y laissèrent le menhir du Roudour ou encore le tumulus du Castel. Plus tard, ce sont des visiteurs romains qu'accueillit Plougrescant : il y subsiste de modestes vestiges d'une voie romaine qui menait à Tréguier.

La Pointe du château en Plougrescant

Imposante masse de granit s'enfonçant dans la mer, la Pointe du Château sera sans doute l'un des souvenirs les plus impressionnants que vous ramenerez de votre passage en Plougrescant.

Elle s'enfonce doucement dans la Manche en une succession de prairies verdoyantes, de champs et de bosquets parfois entrecoupés d'éruptions granitiques.

Pour y arriver, quittez le village en vous dirigeant vers le Nord, puis suivez le sentier serpentant sur la falaise.

 

Vous aboutirez alors au hameau de Pors-Hir où certaines maisons s'abritent contre des rochers formant presque une partie de leurs murs.

Plus loin, à son extrémité à Pors Bugalez, le petit port marquant la limite de la Pointe du Château, sera un poste d'observation d'où les amas de granit parsemant les grèves vous étonneront par leurs formes fantaisistes.


 

C'est le royaume du choux marin mais surtout de la démesure. Comme sortis de terre par la volonté de quelque géant, les massifs granitiques émergent comme des cathédrales sur une côte qui paraît souvent désertique. Le rose et le gris y sont les teintes dominantes, se détachant sur le fond d'une mer bleue qui paraît parfois se noyer dans un ciel de la même couleur.

A quelques centaines de mètres, vous découvrirez le site extraordinaire de Castel Meur.

Poursuivez sur le sentier qui serpente entre les rochers bordant la mer : de grève en crique, face aux multiples îlots qui émergent au large, vous découvrirez toute la beauté d'une côte sauvage qui a su préserver son authenticité.

Vous passerez alors à Pors Scaff ou se dresse le rocher de Napoléon, surnommé ainsi pour son allure en forme de bicorne, surplombant un port minuscule. Plus loin, vous aboutirez enfin à l'anse de Gouermel, courbe tranquille bordée à l'Ouest par une crête menant à la petite île Istan. Si vous pouvez la gravir, elle vous offrira, à 19 mètres d'altitude, un superbe point de vue sur la côte remontant jusqu'au Gouffre.

Au large, l'archipel des 7 îles se détache sur un fond azur, blanchi par endroits par l'écume des vagues qui en battent les multiples cailloux. Lorsque le soleil rase les flots, à la fin du jour, la côte de Granit Rose paraît s'embraser comme en une fin du monde, puis disparaît sous la voûte d'un ciel étoilé.

chapelle Saint-Gonery, Plougrescant

calvaire de Saint-Gonéry, Plougrescant

paysage de Plougrescantpaysage de Plougrescantlandes de PlougrescantPlougrescant : choux marinsPlougrescant : pic granitiquePlougrescant : chapeau de Napoléon

Ploulec'h

"Paroisse du lieu", telle est la traduction littérale, en vieux breton, du nom Ploulec'h. Ce village ne doit dès lors pas son origine à un moine ou un "saint" venu de la Grande Ile vers le 5ème siècle, comme de nombreuses communes d'Armorique, même si, pour certains historiens, le berceau du village, situé au Yaudet, fut un évêché primitif éphémère.

Son origine remonterait à la préhistoire, plus précisément au néolithique. Elle débuta sur les rives du Léguer, à l'embouchure d'une rivière qui lui permettra de s'étendre en amont jusqu'à Loguivy-lès-Lannion. Si nulle trace ne subsiste aujourd'hui de cette présence lointaine, il en va autrement d'une occupation qui, elle aussi, se situera au même endroit : le Yaudet.

 

Erigée au rang de paroisse dès 1426, Ploulec'h deviendra commune indépendante en 1789, élisant sa première municipalité le 12 février 1790. Entretemps, son centre administratif se sera déjà déplacé à l'intérieur des terres, autour de son église actuelle. Son nom subira de nombreuses modifications au cours de l'histoire. A partir du 15ème siècle, celle qui aura surtout été connue, dans les écrits, sous le nom de Plebs Loci deviendra successivement Ploelech, Ploelach puis Plourec'h. Plouelech puis Ploulech adoptera définitivement son nom actuel, avec l'apostrophe, en 1877. L'édification de l'église du bourg, en forme de croix latine, débuta au 15ème siècle. Consacrée à Saint-Pierre et Saint-Paul, c'est en 1532 qu'elle ouvrira ses portes aux fidèles de la commune. Construite à l'instigation de Jehan Le Roux et Arlette du Cosker, seigneurs de Kerninon-Kerloas, elle fut édifiée sous l'influence d'un mouvement architectural trégorois, l'atelier Beaumanoir, d'origine morlaisienne. Ce dernier a marqué d'une certaine empreinte plusieurs édifices que vous pourrez dénicher au cours de votre découverte de la région.

 

Quelques années plus tard, au cours du 16ème siècle, l'adjonction de l'aile sud et du choeur lui donnera une allure plus imposante. Le clocher-mur actuel, surmonté de clochetons à ciel ouvert et flanqué d'une tourelle d'accès sera construit en 1738. Typique de la région, cet élément dit de style lannionnais, ressortant également de l'école de Beaumanoir, laisse entrevoir une certaine influence romane., adoucissant l'ensemble grâce à ses formes plus arrondies. Depuis son édification originelle, l'église comporte la niche funéraire de ses fondateurs.

Une borne militaire romaine, probablement rapportée du site du Yaudet, a été intégrée au mur d'enceinte de l''enclos paroissial.

La commune de Ploulec'h recèle encore quelques autres monuments anciens. Parmi ceux-ci, une chapelle dédiée à Saint-Herbot dont la construction remonte au 15ème siècle. Comportant un clocher-mur depuis l'origine, comme beaucoup d'autres églises et chapelles de la région, il ne se verra bordé d'une tourelle qu'au 16ème siècle.

Les seigneurs de Kerninon, étroitement liés à l'histoire du village, seront à l'origine de plusieurs édifices, dont un château, construit à la fin du 18ème siècle. Il sera le théâtre d'un drame (le comte de Kerninon y sera assassiné en 1924) qui aboutira à sa mise en vente en 1925.

 

Les manoirs de Kerloa et de Kerdroniou, datant du 17ème siècle, la ferme de Kerberen dont certains murs furent érigés en 1589, celle de Saint-Lavan dont l'origine remonte à 1689 sont les autres demeures d'importance de Ploulec'h. Cette dernière voisinait avec une chapelle du même nom. Il n'en reste aujourd'hui que des ruines, dressées au milieu d'un petit jardin.

Il est d'autres édifices anciens qui ont presqu'entièrement disparu, perdant leur utilité avec l'avènement de la motorisation. Il en est ainsi des moulins servant à transformer le produit des récoltes locales. Quatre moulins à vent et un moulin à eau étaient répartis sur les terres du village. L'un d'entre eux, le moulin Milin Awel échappera à l'oubli grâce à une association créée dans le but de le rehabiliter. Abandonné depuis longtemps, réduit à l'état de ruines, il verra ses murs se redresser à partir de 2003 et se coiffera d'un toit reconstitué à l'identique. Les travaux seront terminés en 2007, année qui le verra enfin déployer à nouveau ses ailes après avoir été patiemment restauré. Cet ancien métier permettra ainsi au visiteur d'admirer un ouvrage d'architecture assez particulière et rare en Bretagne, les moulins dits "à petit pied".

Le berceau de Ploulec'h comporte, lui aussi, certains monuments que vous aurez probablement aperçus en suivant les rives du Léguer descendant de Lannion. Les fouilles archéologiques qui y ont été menées, depuis 1935, ont permis d'en retracer l'histoire, riche en évènements. Si vous n'y êtes pas passé avant d'arriver dans le bourg, prenez alors le chemin qui vous mènera, vers le nord, sur le site du Yaudet.

clocher-mur de l'église de Ploulec'h

église de Ploulec'h

clocher et calvaire de Ploulec'h

 

Date de dernière mise à jour : 29/08/2018

Jaime les gites de trezao